Une Fashionista Revolution

La Fashion Revolution lutte contre les dérives de la production du textile. Catherine Dauriac appartient au mouvement en France. Elle est coordinatrice et présidente. Le blog Tendances éclaire les lecteurs et lectrices sur les dégâts de l’industrie mondiale de la mode.

Fashion Revolution lutte pour la transparence dans l’univers de la mode : c’est quoi au juste?

Notre définition de la Transparence repose sur la publication d’informations sur les chaînes d’approvisionnement de la mode, les pratiques commerciales et leur impact sur les travailleurs, les communautés et l’environnement. (Fashion Revolution, 2020 – Livre Blanc). Nous avons contribué à modifier l’attitude du public vis-à-vis de l’industrie de la mode. Nous pensons que les récits puissants, ceux qui construisent de manière fondamentale la façon dont l’industrie de la mode fonctionne, commencent à changer grâce à l’engagement et aux efforts des équipes de Fashion Revolution au niveau international et grâce à l’appui d’autres organisations militantes qui nous inspirent et collaborent avec nous.

Notre action est positive…

D’après une de nos récentes enquêtes en ligne, 94 % de notre communauté déclare que Fashion Revolution a eu un effet sur son attitude envers l’industrie de la mode actuelle. 48% des personnes interrogées ont dit que nous les avons aidées à apporter des changements personnels dans leur vie quotidienne.

Une recherche récente de Kantar a révélé que la demande de vêtements au Royaume-Uni se stabilise après avoir augmenté pendant près de deux décennies. Les analystes de Morgan Stanley (Kantar) ont évoqué la sensibilité croissante des consommateurs aux aspects négatifs de l’industrie de la mode et du textile sur l’environnement comme l’une des principales raisons pour lesquelles les volumes d’achats de vêtements ont diminué sur les marchés occidentaux. Il y a une réelle avancée, mais elle implique jusqu’à présent des transformations progressives.

L’urgence…

L’industrie de la mode doit sérieusement se remettre en question. Il n’y a plus de temps à perdre. Les défis sont urgents. L’accélération de la crise climatique et de l’effondrement de la biodiversité, les retombées de la pandémie mondiale du Covid 19, l’évolution du monde du travail et de l’automatisation, l’intelligence artificielle, la migration de masse, et en particulier l’industrie textile internationale, les désastres des inégalités de genre, l’injustice socio-économique et le racisme structurel représentent des enjeux imminents.

Nous achetons de plus en plus de vêtements, beaucoup d’entre eux demeurent dans nos armoires, et nous les jetons. Le WRAP (conseil britannique) estime que la valeur des textiles inutilisés dans les garde-robes des anglais est d’environ 30 milliards de livres sterling, tandis que la valeur de 140 millions de livres sterling de vêtements vont à la poubelle chaque année.

Des solutions…

Si l’industrie mondiale de la mode persiste sur une trajectoire similaire, associée à la croissance démographique et à l’augmentation de la richesse dans les économies émergentes, nous pourrions nous attendre à ce que la production et la consommation de vêtements et de chaussures triplent d’ici 2050 (Fondation Ellen MacArthur, 2017). Rien de tout cela ne reflète le véritable coût de la mode.

Un grand nombre de rapports ont fait état de l’augmentation du coût de la main-d’œuvre en Chine, le plus grand producteur mondial de textiles. Le prix du coton augmente. Pourtant, les coûts des engrais et des machines agricoles montent, tout comme les produits chimiques utilisés dans les teintures et autres traitements des produits de mode. Malgré tout, nous payons moins cher les vêtements. La question reste posée : si le coût de production s’accroit, qui se fait exploiter?

En 2013, l’usine de textile Rana Plaza (immeuble Savar) s’effondre à Dacca, dans la capitale du Bangladesh. Depuis la création du mouvement Fashion Revolution, y-a-t-il eu d’autres catastrophes similaires que nous ignorons?

Oui, et il y en aura encore, même si des lois sont passées pour appeler à imposer de la vigilance. 

Quelles sont les conditions de travail dans ces usines ?

L’esclavage moderne, le travail forcé, le travail infantile, le harcèlement sexuel. Des centaines de nouveaux syndicats ont été enregistrés au Bangladesh au cours de ces dernières années. Le gouvernement et les propriétaires d’usines de confection sévissent contre les travailleurs qui tentent de s’organiser et de se battre pour des meilleurs salaires et de conditions de travail dignes. Selon IndustriALL Global Union (2019), 11 600 travailleurs du textile ont été arrêtés, licenciés ou contraints de démissionner pour avoir participé à des grèves entre fin 2018 et début 2019.  La police aurait utilisé des canons à eau, des flashballs et gaz lacrymogènes contre les manifestants. Par exemple, un travailleur bangladais devrait être payé 4,5 fois plus que le salaire minimum actuel pour atteindre un niveau de vie décent et presque 9 fois plus pour subvenir aux besoins d’une famille.

 » Plus de 11 600 travailleurs du textile ont été arrêtés, licenciés ou forcés à démissionner pour avoir participé à des grèves entre fin 2018 et début 2019. Sept ans après la tragédie du Rana Plaza, des millions de travailleurs au Bangladesh et dans le reste du monde sont confrontés à la pauvreté, au danger et à la mort parce qu’ils fabriquent des vêtements que nous achetons.« 

@Fashion Revolution

La fashion Revolution Week a lieu chaque année vers le 24 avril, comment s’organise-t-elle ? 

Elle se prépare des mois à l’avance. Nous recevons de l’Angleterre les sujets de l’année dès le mois de décembre. Nous avons les guidelines, les éléments graphiques, les visuels et posts à traduire. Des réunions online ont lieu entre les coordinatrices et coordinateurs des différents bureaux officiels et à l’international. En France, nous sommes constitués en association loi 1901 avec des réunions, des AG. Depuis février dernier, des commissions gèrent les thèmes à traiter dans les domaines de l’éducation, la politique, les relations internationales. Le confinement nous a obligés à revoir toute notre communication. Elle est devenue 100 % digitale avec un succès accru cette année!

Quelles sont vos domaines d’action en France?

En France, nous sommes toutes et tous bénévoles. Nous agissons pour l’éducation, la politique, les relations internationales. Nous avons un rapport avec les autres ONG écologiques ou humanistes.

Êtes-vous en lien étroit avec le siège principal au Royaume-Uni? Quelles sont vos relations avec Carry Somers et Orsola de Castro, les fondatrices du mouvement?

La France est l’un des 8 pays principaux à adhérer à Fashion Revolution. Nous avons un lien très fort avec le United Kingdom et les fondatrices de Fashion Revolution qui nous inspirent et nous guident. Nous sommes libres d’adapter les consignes à la France, et à Paris, capitale mondiale de la mode (clin d’oeil).

La fashion Revolution week est-elle contre la fashion week? Quelles sont vos impressions? 

Nous aimons la mode, nous sommes tous des professionnels de ce secteur. On ne peut plus supporter ce lourd tribu que cette industrie fait peser sur les Hommes et la planète. Apporter des solutions, permet d’enquêter. Il faut aider les marques à transformer leur production. Les fashion weeks vont évoluer d’ici les prochaines années. Sûrement vers plus de digital. Le marché international va en mutation. C’est excitant à voir. Il y aura de belles innovations en matière de communication. Ce que l’on espère, c’est qu’il y aura moins de frénésie.

Qui sont les designers français qui se sont ralliés à la Fashion Revolution? 

Les jeunes créateurs de mode d’aujourd’hui intègrent la durabilité dans leurs collections. Au cours des cinq dernières années, plusieurs jeunes stylistes talentueux ont été nominés et ont remporté des grands prix de mode comme LVMH, le prix international Woolmark, Ecco Domani, le CFDA et le BFC x Vogue Fashion Fund, les Fashion Awards et les upcycling-focused Redress Awards. Nous pouvons nous attendre à ce que les créateurs de mode du futur explorent, étendent et innovent car les principales universités de la mode, telles que Central Saint Martin’s, London College of Fashion, De Montfort University, Polimoda, Istituto Marangoni, Fashion Institute of Technology, Parsons School of Fashion, RMIT University, entre autres, intègrent désormais les questions sociales et environnementales dans leurs programmes d’études et sont le fer de lance de programmes complets centrés sur développement durable dans la mode.

Pour être tendance dans les mois à venir, que conseillerez-vous pour ne pas acheter sans avoir conscience des dérives de certaines industries de la mode?

« Acheter moins mais mieux »


Louer, trier, troquer, acheter en seconde main ou vintage. Se créer un vestiaire durable avec de belles pièces fortes qu’on aura plaisir à remettre longtemps, et à accessoiriser pour changer de look…Pour les déchets, le recyclage et sa circularité, notre société achète plus de vêtements, les porte moins et les élimine. La majorité que nous jetons finissent en décharge ou incinérés.

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⚖️ 🏛️ What should governments do to tackle fashion’s waste problem? In our fanzine issue 002: Loved Clothes Last, #FashionRevolution global policy director @SarahDitty outlines steps for policy makers to reduce fashion’s waste footprint, improve textile and clothing recycling and help make fashion operate in a circular system. Here are 6 actions to tell your representatives to undertake: 1️⃣ Make it easy for citizens to reuse and repair clothes and shoes. 2️⃣ Make it easy for citizens to recycle used clothing and textiles. 3️⃣ Provide more information for citizens on reusing, repairing and recycling used clothing and textiles. 4️⃣ Pass “extended producer responsibility” legislation so that businesses are accountable for the textile waste they create. 5️⃣ Raise taxes on the use of virgin materials and issue penalties for creating textile waste. Cut taxes for using recycled materials and recycling clothing and textiles. 6️⃣ Invest in research, infrastructure and innovations to reduce clothing and textile waste and build circular economies. You can read the full article online at the ‘SHOP’ link in our bio. Our fanzines are available for digital consumption on a ‘pay what you can’ basis, which means that you can get a copy of #LovedClothesLast on your screen and help support the work we do at Fashion Revolution is campaigning for a more just industry. 🎨 Illustration by @lily_victoria #WhatsInMyClothes #SecondhandSeptember #TradeFairLiveFair

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Moins de 1 % des textiles sont recyclés en nouveaux (Fondation Ellen MacArthur, 2017). La technologie n’est pas disponible pour récupérer à grande échelle. C’est un énorme problème pour notre environnement et pour les pays, sans parler de l’immense gaspillage de ressources précieuses, de temps, de talent et d’argent. Il existe deux sortes de déchet textile, ceux dits de pré-consommation.


Ce sont des chutes et restes de la production de vêtements, échantillons désaffectés, produits endommagés ou non vendus. Selon le Global Fashion Agenda (2018), la moitié de cette perte touche les déchets de fils et comprend les tissus non utilisés, les morceaux coupés, les fins de rouleau et les défectueux, les vêtements surproduits ou rejetés. En 2018, Burberry a été soumis à un examen minutieux du public pour avoir brûlé 28,6 millions de livres sterling de vêtements, sacs et parfums invendus. La pratique se répand. La plupart des grandes marques le font. Les journalistes d’investigation ont enquêté mais échoué à prouver la vérité quant à la destruction des vêtements abîmés et invendus. C’est un secret de Polichinelle.

Publié par Tendances

Journaliste, j'ai fait mes débuts comme iconographe de mode pour un célèbre magazine français. Formée à la Condé Nast College, je souhaite vous faire partager des articles, des interviews et des reportages sur les tendances actuelles.

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